Une date symbolique, mais surtout un rappel nécessaire : en Belgique aussi, la haine antimusulman·e·s est bien réelle, et elle tue des destins en silence.
- Qu’est-ce que l’islamophobie ?
- Un problème qui s’aggrave
- Les femmes, premières et principales victimes
- La fausse neutralité : une arme contre les femmes musulmanes
- Un chantage social insupportable
- L’enseignement : le paradoxe qui fait honte
- Et l’État belge dans tout ça ?
- Ce que nous exigeons
- Agir, c’est possible — maintenant
C’est aussi l’opportunité de faire le bilan. Et le constat est amer : en Belgique, la situation ne s’améliore pas — elle s’aggrave. Alors, que faut-il savoir sur la réalité de l’islamophobie dans notre pays en 2026 ?
Chaque année et depuis 2022, le 15 mars, l’ONU invite le monde entier à se mobiliser contre l’islamophobie. Cette année, le Secrétaire général António Guterres a une nouvelle fois sonné l’alarme : les musulmans sont souvent confrontés à une discrimination institutionnelle, à l’exclusion socioéconomique, à des politiques d’immigration biaisées, ainsi qu’à des pratiques de surveillance et de profilage injustifiées. Il appelle à éradiquer le fléau de l’islamophobie de tous les pays et de toutes les communautés. (Source : Communiqué de presse ONU, 10 mars 2026)
Qu’est-ce que l’islamophobie ?
C’est simple : c’est discriminer, insulter, agresser ou exclure quelqu’un parce qu’il est musulman — ou simplement parce qu’on le « croit » musulman.
Samira a 28 ans, un master en poche et trois ans d’expérience. Elle envoie des dizaines de CV. Silence. Le jour où elle retire sa photo et son prénom de son CV, les appels arrivent. Acte islamophobe.
Karim est agent de sécurité depuis six ans, sans une seule faute professionnelle. Un matin, on lui retire son badge d’accès. La raison ? Sa barbe, jugée « trop visible ». Acte islamophobe.
Julie attend paisiblement l’ascenseur dans le métro avec sa fille. Un inconnu s’approche et lui crache dessus. Son seul tort ? Porter le foulard. Sa fille a tout vu. Acte islamophobe.
Une mosquée de quartier se réveille un matin avec ses murs couverts de tags haineux. Les fidèles, choqués, nettoient en silence. Personne ne sera inquiété. Acte islamophobe.
Ce ne sont pas des cas isolés. Ce sont des réalités quotidiennes, vécues par des milliers de citoyen·nes belges.
En Belgique, on estime qu’entre 600 000 et 630 000 personnes sont musulmanes, soit environ 5 à 6 % de la population. Ces centaines de milliers de citoyen·nes belges font face, au quotidien, à des discriminations que beaucoup ignorent encore.
Un problème qui s’aggrave
En Belgique, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les secteurs de l’emploi, de l’enseignement et des institutions publiques figurent systématiquement parmi les domaines les plus touchés par les actes islamophobes signalés à UNIA, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, ou au CIIB, le Collectif pour l’Inclusion et contre l’Islamophobie en Belgique.
Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Beaucoup de victimes ne signalent pas, par peur, par découragement ou par méconnaissance de leurs droits. Ces associations tirent pourtant la sonnette d’alarme depuis des années : la stigmatisation systématique des musulman·es en Belgique est une réalité documentée, qui ne cesse de s’aggraver. C’est simple, c’est triste, mais c’est la réalité.
Les femmes, premières et principales victimes
Un fait frappant : les victimes de l’islamophobie sont très majoritairement des femmes, souvent identifiées par leur foulard ou d’autres signes visibles de leur pratique religieuse. Être femme et musulmane en Belgique, c’est faire face à une double discrimination. C’est inacceptable.
La fausse neutralité : une arme contre les femmes musulmanes
En Belgique, un outil s’est imposé comme l’instrument privilégié de cette discrimination : le Règlement d’Ordre Intérieur, le fameux ROI. Au nom d’une prétendue « neutralité », ces règlements interdisent les signes religieux visibles — mais soyons honnêtes : dans les faits, ils visent quasi exclusivement les femmes musulmanes qui portent le foulard.
Ce n’est pas de la neutralité. C’est de l’exclusion habillée en principe.
Certains partis politiques poussent activement à généraliser ces ROI dans un maximum d’institutions publiques. L’objectif affiché ? La neutralité. L’effet réel ? Barrer la route à des milliers de femmes compétentes, qualifiées, belges — uniquement à cause de leur tenue vestimentaire.
Un chantage social insupportable
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Pour les femmes qui refusent de retirer leur foulard, la porte de l’emploi se ferme. Et avec elle, souvent, les droits sociaux qui y sont liés : allocations de chômage, aides du CPAS, couverture sociale. Accepte de te dévêtir ou perds tes droits. C’est le message implicite que l’État envoie à ces citoyennes.
Cette réalité représente une charge mentale écrasante. Ces femmes doivent choisir entre leur identité, leur foi et leur dignité d’un côté — et leur survie économique de l’autre. Ce n’est pas un choix. C’est une violence institutionnelle.
L’enseignement : le paradoxe qui fait honte
L’exemple le plus frappant ? L’enseignement. La Belgique crie à la pénurie d’enseignants depuis des années. Les écoles manquent de professeurs, les classes sont surchargées, le système est à bout de souffle. Et pourtant, des femmes diplômées, motivées, prêtes à enseigner, se voient refuser l’accès aux classes… parce qu’elles portent le foulard.
C’est un paradoxe révoltant, et il illustre parfaitement l’absurdité d’une discrimination qui se drape dans les habits du principe.
Et l’État belge dans tout ça ?
La Belgique reste sans réponse politique cohérente. Le morcellement institutionnel — avec sept ministres de l’Égalité des chances — dilue les responsabilités et freine les avancées concrètes. Pendant ce temps, les victimes attendent. Les associations tirent la sonnette d’alarme. Et les politiques débattent… sans agir. Pourtant, comme le rappelle Guterres, les gouvernements doivent prendre des mesures concrètes pour lutter contre les discours de haine, protéger la liberté de religion et combattre la discrimination.
Ce que nous exigeons
Les associations et institutions de lutte contre les discriminations réclament des actes concrets : une stratégie nationale claire contre l’islamophobie, des sanctions renforcées pour les auteurs de discriminations et de violences, et une formation obligatoire des administrations publiques pour reconnaître et prévenir ces actes au quotidien. Et puisque la Belgique compte sept ministres en charge de l’Égalité des chances, qu’ils et elles assument pleinement leur rôle : le 15 mars doit devenir une journée de campagnes de sensibilisation coordonnées, visibles, et ambitieuses.
Agir, c’est possible — maintenant
Un acte islamophobe non signalé est un acte qui n’a jamais existé. Si tu es victime ou témoin, signale-le à Unia (unia.be) ou au CIIB (islamophobia.be). Parles-en autour de toi.
Interpelle tes élus. Le 15 mars ne doit pas être qu’une journée de plus dans le calendrier. C’est un appel à l’action. Des femmes, des hommes, des enfants, des musulman·es et des non-musulman·es qui refusent l’injustice — vous n’êtes pas seul·es.

