En Belgique, l’abattage rituel est officiellement autorisé. Mais une nouvelle loi flamande le rend impossible dans les faits. Des milliers de familles musulmanes et juives sont concernées. La Cour constitutionnelle belge doit maintenant trancher.
C’est quoi l’histoire ?
En Flandre (la partie nord de la Belgique), une nouvelle loi sur la protection des animaux a été adoptée en 2024. Elle dit que tous les animaux doivent être étourdis — c’est-à-dire rendus inconscients — avant d’être abattus. L’idée, c’est d’éviter la souffrance animale. Jusque-là, rien de choquant. Sauf que cette loi pose un gros problème pour les musulmans et les juifs pratiquants. Dans leurs religions, il existe un rite appelé l’abattage rituel : l’animal doit être abattu d’une façon précise, avec une prière, un geste particulier et une intention religieuse. Pour eux, c’est un acte accompli devant Dieu — pas juste une façon de produire de la viande halal ou casher.
Ce n’est pas qu’une question de viande
Beaucoup de gens pensent que le débat tourne autour de la viande halal ou casher. Mais ce n’est pas vraiment ça. Imagine qu’on t’autorise à fêter Noël, mais qu’on interdise le sapin et qu’on impose un bonsaï à la place. Ou qu’on maintienne Pâques, mais sans œufs en chocolat — juste des carrés de chocolat plats. La fête existe encore officiellement. Mais elle n’a plus vraiment le même sens, non ? C’est exactement ce que ressentent beaucoup de croyants ici. Le rite religieux, ce n’est pas seulement le résultat (la viande), c’est l’acte lui-même, avec tout ce qu’il signifie.
Alors qu’est-ce que dit concrètement la loi flamande ?
La loi dit : « D’accord, vous pouvez quand même faire votre rite — mais l’animal doit d’abord être étourdi avec une technique spéciale, dite réversible. » L’idée, c’est que l’animal est rendu inconscient, mais pas tué par ça — il mourra lors de la saignée rituelle. En théorie, ça ressemble à un compromis. Mais en réalité, il y a trois gros problèmes :
1. Cette technique n’existe pas vraiment sur le terrain. Même le gouvernement flamand reconnaît dans ses propres documents que cette méthode est très peu, voire pas du tout, utilisée dans les abattoirs belges. L’exception existe sur papier — pas dans la réalité.
2. Elle ne respecte pas les règles européennes. Au niveau de l’Union européenne, il y a une liste précise des méthodes autorisées. Cette technique n’y figure pas clairement, et les vérifications scientifiques obligatoires n’auraient pas été faites.
3. Elle n’est pas acceptable religieusement. Pour beaucoup de croyants, étourdir l’animal avant la saigée va à l’encontre de leurs prescriptions religieuses. C’est donc une fausse solution.
Qui attaque la loi, et devant qui ?
L’association Offerfeest, active depuis 2016 dans l’organisation de l’abattage rituel en Belgique — notamment pour l’Aïd al-Adha — a saisi la Cour constitutionnelle belge. C’est le tribunal le plus important du pays pour tout ce qui touche aux droits fondamentaux. Le 4 mars 2026, une audience publique s’est tenue à Bruxelles. Les avocats d’Offerfeest ont plaidé que la loi flamande transforme une restriction en interdiction déguisée, violant ainsi la liberté de religion. De l’autre côté, le gouvernement flamand, la Région wallonne et l’association de défense des animaux GAIA ont défendu la loi.
Pourquoi c’est important pour tout le monde ?
Tu pourrais te dire : « Ce n’est pas mon problème. » Mais l’enjeu est plus large. La question centrale, c’est : est-ce qu’un droit qui n’existe que sur le papier est encore un vrai droit ? Si la Cour donne raison aux requérants, la loi flamande devra être revue. Si elle les déboute, ça voudra dire qu’on peut légalement restreindre une pratique religieuse au point de la rendre impossible, tant qu’on laisse une exception théorique. Cette question concerne la place des minorités religieuses dans nos sociétés — et plus largement, comment on équilibre des valeurs qui s’affrontent : le bien-être animal d’un côté, la liberté de croyance de l’autre.
La suite ?
La Cour constitutionnelle belge va rendre sa décision dans les prochains mois. Son verdict ne concernera pas seulement la Belgique — il pourrait influencer d’autres pays européens confrontés aux mêmes questions sur l’abattage rituel et la liberté religieuse.

